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Un public de plus en plus précarisé et des difficultés

grandissantes

d’accès aux droits sociaux et à la justice

Acetteprécaritésocio-économique, s’ajoutent

de plus en plus souvent d’autres facteurs

qui soit sont à l’origine de l’endettement,

soit viennent l’aggraver

(problèmes de santé,

psychologiques,sociaux,difficultésdecompréhension,

de langue, analphabétisme, assuétudes, …)

Ainsi les demandes sont de plus en plus complexes

et nécessitent un très grand investissement pour

assurer un accompagnement social adéquat.

« Ce véritable « entortillement » de problèmes qui

se renforcent les uns les autres a des conséquences

multiples, tant en matière d’adéquation du

recours (l’usager n’est pas toujours au bon

endroit, le service doit s’occuper de questions

qu’il ne maîtrise pas), qu’en durée de prise en

charge (les demandes s’accumulent sans fin, les

prises en charge deviennent interminables), ou

en matière d’usage approprié des compétences

(l’imbrication entre des problématiques sociales

et de santé oblige beaucoup de services à faire

«un peu de tout » ou à répondre à des besoins de

première nécessité) »

1

.

Parallèlement, nous constatons que

denombreuses

personnes ne bénéficient pas des droits

sociaux, aides sociales financières et/ou

régimes fiscaux auxquels elles pourraient

prétendre.

Les mesures sociales et les aides existantes sont

tellement morcelées, les procédures administratives

complexes, les conditions d’accès diverses qu’il est

très difficile même pour les assistants sociaux de s’y

retrouver.

Le récent rapport de l’Observatoire de la santé et du

social bruxellois le montre de façon incontestable :

l’accès aux droits sociaux en région bruxelloise est

de plus en plus ardu, ce qui génère de nombreuses

situations de sous-protection sociale.

« Les démarches et les parcours attendus par

les institutions sont parfois éloignés voire

disproportionnés par rapport aux situations

concrètement vécues par les personnes. Les

1

Rapport intersectoriel 2018

http://www.cbcs.be/IMG/pdf/rapport_intersecto-

riel20132018_pdf_interactifa4.pdf?1959/583fddc20f8b-

34525d4a76c8cc8509ade3e88723

normes imposées (démarches, constitution de

preuves, restriction de choix, ...) deviennent des

épreuves qui usent les personnes dans le temps »

2

.

Autre difficulté majeure, l’accès à la justice ou

tout simplement à une information juridique

de qualité est extrêmement difficile pour les

personnes que nous suivons.

Même si la Cour constitutionnelle a estimé

récemment

3

que le ticket modérateur de 50 euros

instituépar la réformede l’aide juridique

4

est contraire

à la Constitution, la réforme reste en vigueur dans ses

autres aspects et continue de décourager l’accès à la

justice aux personnes les plus précaires

5

.

Comme le soulignent les associations qui font partie

de la Plateforme Justice Pour tous,

« le droit d’accès

à la justice reste une illusion pour de nombreuses

personnes : les personnes qui ne trouvent pas à

temps les documents nécessaires pour prouver

qu’elles ont droit à un avocat pro deo, les personnes

qui, en raison de la disponibilité limitée de conseils

juridiques de première ligne accessibles, ne savent

pas qu’elles ont droit à un avocat pro deo »

.

Or,

« la lecture et la compréhension de documents

juridiques exigent des connaissances qu’une grande

partie de notre public ne possède pas. Les gens

réagissent très souvent en ne répondant pas aux

courriers et aux citations en justice et expriment

ainsi leur impuissance. Mais cette réaction les

entraîne très rapidement dans un cercle vicieux où

ils n’auront plus aucune chance de faire valoir leurs

droits. Leur sentiment d’impuissance (…) l’emporte

2

Rapport thématique 2017 Aperçus du non recours aux

droits sociaux

http://www.ccc-ggc.brussels/fr/observatbru/pu-

blications/2016-rapport-thematique-apercus-du-non-recours-

aux-droits-sociaux-et-de-la

3

Arrêt de la cour constitutionnelle du 21-06-2018

4

Réforme introduite par la loi du 6 juillet 2013 modi-

fiant le Code judiciaire en ce qui concerne l’aide juridique de

seconde ligne

5

P. De Gendt, «La réforme de l’aide juridique : vers

une justice à deux vitesses ?», Analyses et Etudes - Droits de

l’Homme, avril 2016, in

http://www.sireas.be/publications/

analyse2016/2016-04int.pdf, pp.

http://www.sireas.be/publica-

tions/analyse2016/2016-04int.pdf, pp. 3-4.

[4

]http://www.dekamer.be/kvvcr/showpage.cfm?section=qr-

va&language=nl&cfm=qrvaXml.cfm?legislat=54&dossierID=5

4-B138-866-2194-2017201818986.xml (12% pour l’Orde van de

Vlaamse Balie, 23 € pour l’Ordre des Barreaux Francophones et

Germanophone)

II